Production et consommation d’électricité : évolutions et révolutions à venir

Le battage médiatique autour de la COP21 l’a démontré, l’heure est à la prise de conscience et aux changements énergétiques. Les industriels ont saisi la balle au bond, et multiplient les initiatives visant à optimiser et transférer notre consommation d’énergie vers des modes plus durables. Parmi ces nouveaux pionniers des modèles énergétiques du futur, figurent bon nombre de Français, aux prises avec de nombreux défis..

Premier défi, produire autant, voire plus, d’électricité, mais mieux, notamment avec des solutions de production électrique individuelles (à l’échelle de la maison ou de l’entreprise, voire de la ville) qui permettent de ne pas consommer l’énergie du réseau principal. Sur les 30 dernières années, la recherche sur les solutions alternatives de production électrique – photovoltaïque, éolienne et biomasse, principalement – s’est considérablement accentuée. Nos deux sources principales d’énergie actuelles, thermique et nucléaire, posent en effet trop de difficultés, en termes d’émissions polluantes ou de retraitement des déchets. La dynamique est lancée : en 1996, le nombre d’éoliennes en France était de 33, mais ce chiffre a presque atteint 10 000 en 2015, pour couvrir environ 3% de la consommation nationale.

Mais ces nouvelles sources d’énergie apportent aussi leur lot de difficultés : l’intermittence et la disponibilité. Cela impose de développer des capacités de stockage : nous devons désormais pouvoir stocker l’énergie quand elle est produite pour pouvoir l’utiliser quand elle est nécessaire. Si ces systèmes peinent à s’imposer en France métropolitaine compte tenu de l’efficacité du réseau, ce n’est pas forcément le cas Outre-Mer ou sur les sites isolés. Un fait mis en avant par Forsee Power, intégrateur francilien de système de batteries, proposant des solutions de stockage résidentiel. « La situation est différente dans les territoires d’Outre-Mer par exemple, où le coût de production est plus élevé, au même titre que dans la plupart des pays émergents, qui sont confrontés à des problèmes de disponibilité du courant et de la qualité de celui-ci », confirme Christophe Gurtner (1), PDG de Forsee Power. Les nouvelles applications et technologies ne répondent pas seulement à une amélioration de notre système industriel actuel, mais aussi à de nouvelles tendances dans les modes de vie : l’envie d’indépendance et son corollaire : l’autoconsommation. Les résidences secondaires isolées, par exemple, ainsi que les industries isolées sont les premières à avoir besoin de stocker l’énergie, afin de maintenir leurs activités.

Deuxième défi, améliorer l’existant, car les marges d’amélioration sont partout. Dans la mesure où tout conducteur n’est pas parfaitement conducteur (il lui reste un peu de résistance), et que tout isolant n’est pas parfaitement isolant, les « pertes en lignes » représentent toujours une « fuite » dans nos réseaux électriques, qui augmente mécaniquement la consommation de nos foyers et industries. Diverses technologies sont à l’étude, et les progrès depuis le siècle dernier (le 20ème) sont très importants, mais il reste de la marge. Sur les lignes les plus longues, jusqu’à 15 % de la puissance peut être perdue, et le phénomène a longtemps limité la longueur des installations. Les entreprises les plus avancées dans la recherche électrique ont mis au point diverses solutions pour contrer ce problème, notamment l’utilisation des supraconducteurs ou encore l’augmentation de la tension sur les lignes principales. En 1999, la société japonaise TEPCO a ainsi repoussé les limites en construisant sur l’archipel une ligne de 1100 kV (2), la célèbre « million volt line », transportant une puissance inégalée qui souffre nettement moins du phénomène de pertes en ligne. En bout de chaîne, les bâtiments basse consommation se sont démocratisés et cède même progressivement la place aux nouveaux bâtiments à énergie positive (BEPOS). L’agence Soprema Entreprises de Montpellier a ainsi inauguré son premier BEPOS (3) en janvier 2016, en grande pompe. Spécialisée en couverture et étanchéité des bâtiments, l’agence Soprema entend de la sorte faire de ce bâtiment la vitrine de son « savoir-faire, selon Batiweb

Cette « gestion intelligente » et performante de l’électricité ne se limite pas aux grandes installations énergétiques, des économies sont possibles aussi au niveau utilisateur en plein centre de nos villes. Toujours dans l’optique d’optimiser non pas l’infrastructure, mais les usages de consommation, les compteurs intelligents (4) commencent à se répandre. Le système est actuellement en phase de test en France, et sera progressivement déployé par ERDF jusqu’en 2021, date officielle de fin des installations. Si Bernard Lassus (5), directeur du programme Linky d’ERDF, reconnait des économies possibles de 1 à 3%, il insiste sur le fait que les économies en question sont « difficiles à évaluer, car elles dépendent beaucoup du comportement ».

Bien que l’électricité fasse partie de notre société industrialisée depuis plus d’un siècle maintenant, il reste encore d’immenses progrès à accomplir, non tant forcément au niveau des technologies, qu’au niveau des usages. Les enjeux sont énormes, qu’ils soient industriels, sociaux ou écologiques. Le marché des Greentechs est naissant et prometteur, mais chez Forsee Power comme ERDF ou au sein de l’agence Soprema, les équipes sont sur le pont. « Le marché est effectivement en accélération exponentielle » commente encore le PDG de Forsee Power. La France et ses industriels ont pris la pleine mesure des défis écologiques, technologiques et économiques restant à relever. Car il n’a échappé à personne que la révolution énergétique en cours est aussi une formidable opportunité de croissance et d’emplois.

Laurent MERCIER

(1) http://www.journaldeleconomie.fr/Christophe-Gurtner-PDG-de-Forsee-Power-les-raisons-de-notre-entree-en-bourse_a2914.html
(2) http://www.modernpowersystems.com/features/featureputting-tokyo-electric-s-million-volt-line-to-the-test/
(3) http://www.batiweb.com/actualites/vie-des-societes/saint-aunes-34-soprema-presente-ses-nouveaux-locaux-a-energie-positive-05-01-2016-27607.html
(4) http://www.erdf.fr/linky-le-compteur-communicant-derdf

 

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